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08/03/2010

La femme au travail au XIXe siècle

 
 

Représentations de la femme au travail au XIXe siècle.
 
 
 
Un travail féminin plus visible.
 
Les femmes ont toujours travaillé : le XIXe siècle n’a pas inventé la «
femme au travail ». Depuis longtemps existaient outre les paysannes, des
fileuses, couturières, dentellières, femmes de chambre, commerçantes : les
femmes ont, toujours, à une petite minorité près, apporté une lourde
contribution à la vie sociale… Leur travail fait réagir au XIXe siècle car
il devient plus visible.
 
La visibilité du travail des femmes introduit une rupture car il entre en
contradiction avec la conception dominante de la féminité et des archétypes
féminins qui en résultent. On peut même observer une volonté d’occulter le
travail féminin.
 
On peut proposer une analyse du travail féminin en usant de différentes
stratégies visuelles : au travers d’images d’archives (photographies,
peinture) et de films (adaptations d’œuvres littéraires du XIXe siècle) qui
sont souvent d’une surprenante fidélité mais demeurent critiquables d’un
point de vue historique.
 
Peut-on travailler quand on est une femme au XIXe siècle ?
 
L’industrialisation amène les employeurs à proposer, pour de très faibles
salaires, des emplois qui comptent sur les qualités "naturelles" des femmes
(adresse, endurance), qui sont de fait des qualifications acquises. Il y a
place pour elles dans presque tous les domaines, jusque dans les mines.
 
C’est le cadre du film Germinal. Mais la mine est loin d’être le secteur qui
emploie le plus de femmes. Au travers du film, s’affirment à la fois un
auteur (Zola), un réalisateur (Berri) et un contexte historique. Cette
difficulté, les élèves ne la perçoivent pas nettement car le film de fiction
est souvent assimilé chez eux à une fidèle reconstitution. Or, ce n’est pas
le cas ici, le réalisateur traite ses propres thématiques, ses propres
visions. Malgré tout, Germinal présente un intérêt car il présente les
grandes problématiques du travail des femmes : conditions de travail
difficiles, salaires très bas et inférieurs aux hommes, agressivité des
hommes dans le travail, …
 
Le cumul du travail avec les tâches domestiques n’est pas simple : « Une
femme qui travaille n’est plus une femme »(Jules Simon). Le salaire de
l’homme est l’essentiel pour les familles, celui des femmes un simple
appoint. Le point de vue, communément admis, est que celles-ci ne peuvent
pas être aussi productives que les hommes, et elles ont donc moins de
besoins. Les femmes n’ont ni carrières, ni professions, ni métiers, mais
plutôt des occupations ou des travaux. Le travail des femmes doit être
réduit à de courtes périodes de leur vie. Réformateurs et syndicalistes
insistent même sur le fait que, pour des raisons morales, les hommes
devraient gagner un salaire familial et les femmes rester à la maison au
lieu de concurrencer les hommes et de risquer leur vertu. La ménagère
représente un idéal de respectabilité.
 
Dans Germinal : la Maheude déclare qu’elle a cessé de travailler pour rester
au foyer ; dans l’extrait proposé les fonctions de la femme au foyer sont
plutôt explicites et correspondent à peu de choses près aux conditions de
l’ensemble des travailleuses (et donc pas spécifiques aux femmes de
mineurs).
 
L’emploi industriel interfère avec l’activité familiale, qui reste
l’instance de décision majeure en ce qui concerne le travail salarié des
femmes. Une femme mariée est en effet d’abord une ménagère, chargée de la
gestion de la famille et du foyer, des soins personnels (notamment aux
enfants) et des travaux domestiques (vivre, couvert, linge..). Dès qu’elle a
un, deux enfants ou plus (la natalité reste relativement élevée dans les
familles ouvrières), en l’absence d’équipements de garde (les crèches sont
nettement insuffisantes), elle doit abandonner le travail à plein temps et
rechercher, dans des travaux complémentaires de proximité (courses,
lessives, gardes d’enfants…), le « salaire d’appoint ».
 
Les travaux à domicile, qui respectent le partage social des rôles et la
présence au foyer, ne suscitent pas ces résistances. Ici les difficultés
sont écrasantes et jamais évoquées : la double journée de travail (travail à
domicile plus la famille). La construction de l’identité ouvrière s’est
ainsi faite quasiment uniquement sur le mode de la virilité : « Le fer, le
feu, le métal de l’ordre, le sang du sacrifice sont des emblèmes de la
classe ouvrière qui encense par ailleurs les vertus de l’indispensable
ménagère. » (Michelle Perrot).
 
Dans Germinal : la scène où Catherine travaille avec dureté présente le
paradoxe. La frontière de la pénibilité du travail est mince entre les
hommes et les femmes. Elle est sujette aux moqueries des hommes, elles ne
sont que « des valeurs ajoutées au travail » (Notons en effet la réaction de
Maheu à la mort de Florence, qui va la remplacer ? Sa mort est presque
anodine).
 
Ainsi les stéréotypes se renforcent. Le travail a une justification s’il est
dans le prolongement des missions des femmes (éducation, soins), mais il
faut qu’il se teinte "de mission". Il faut bien que les femmes seules soient
autonomes mais leur sort suscite beaucoup d’interrogations, voire un certain
trouble dès lors qu’elles touchent à des postes de direction par exemple.
 
Les femmes sont donc absentes de la direction des entreprises, occupent dans
l’usine des postes subalternes (de nombreuses photographies en témoignent).
Elles accèdent à un poste de maîtrise que dans des usines de femmes, ou des
ateliers familiaux dont elles héritent ou que les hommes désertent (par
exemple dans la passementerie stéphanoise) ; encore le paient-elles souvent
du célibat, car le commandement est incompatible avec le mariage.
 
Les usines de femmes : quelles fonctions ? Quelles ambiances ?
 
La plupart du temps, une usine textile, est composée de filles très jeunes,
d’une minorité de femmes plus âgées, souvent veuves, d’adolescents et
d’hommes (techniciens et contremaîtres) ; c’est un lieu clos, quadrillé par
les machines que servent les ouvrières, dépourvu d’espaces « neutres », sans
vestiaires et avec de rares lavabos dont l’usage est réglementé.
 
Il y règne une discipline stricte : il est interdit de parler, de chanter,
de manger, de quitter sa place, de sortir sans permission et sans
remplaçante, de subtiliser des matières premières ou du savon, sous peine
d’amende ou de renvoi. L’absentéisme et les retards sont sévèrement punis.
On y entre tôt, on en ressort fort tard ; on y trouve souvent une issue
séparée ou des horaires distincts pour les deux sexes. Car la sortie
d’usine, moment de rencontre et de détente, est redoutée des moralistes,
parfois des familles.
 
Dans les Misérables l’extrait propose un cadre assez terne mais reflétant en
partie le cadre de travail des femmes. Les couleurs sombres de la fabrique
conjuguées à la dureté des femmes entre elles (leurs disputes) dressent un
tableau assez fidèle.
 
Au début de l’industrialisation, la criante insuffisance des salaires
poussait les ouvrières de Reims à faire leur « cinquième quart de journée »,
à savoir se prostituer. Cette pratique fait toutefois l’objet d’une
réprobation de plus en plus forte. La moralisation des conduites sexuelles
gagne la classe ouvrière, et la préservation des filles devient une
préoccupation plus grande.
 
Dans les Misérables, la prostitution devient inéluctable pour Fantine, la
mère de Cosette. La réprobation va jusqu’à sa lapidation.
 
Si les femmes pénètrent difficilement dans les secteurs virils de la
métallurgie, de la verrerie ou des constructions mécaniques(il y faudra
l’effraction de la Première Guerre mondiale), elles occupent, aux côtés
d’étrangers, les fabriques de produits chimiques, ou alimentaires
(sucreries, biscuiteries, conserveries…) dont elles recherchent l’apport
saisonnier (en Bretagne, par exemple). Mais pour la plupart elles
travaillent dans des ateliers de petite taille (couture, confection,
articles de Paris) dont la gestion plus familiale et non réglementée (ils
échappent à l’inspection du travail) autorise bien des excès.
 
Le travail occulté ?
 
L’activité féminine la plus représentée au XIXe siècle fut la couture. Elle
permettait par exemple d’éviter toute polémique sur les différences sociales
et économiques comme sur le travail industriel. C’est un modèle consensuel.
 
Dans Germinal : la scène où La Maheude se rend chez les bourgeois est en soi
bien consensuelle : la bourgeoise est à sa broderie, l’invité a évoqué juste
avant les occupations de ses filles (piano, peinture…), la domestique est
une femme au travail qui ne choque pas, la Maheude elle-même s’occupe de la
famille…
 
La plupart des représentations féminines les montraient occupées à des
tâches domestiques rassurantes, comme la préparation des repas ou la
couture.
 
 
L’ensemble des photographies proposées montre toutes les femmes en « tenue
bourgeoise ».La peinture de Courbet a pu choquer, mais la peinture est un
art prestigieux qui au final grandit la femme.
 
Dans Germinal, les moqueries des hommes envers la mouquette en disent long
sur le peu de considération de ces femmes dans la mine. Par railleurs La
Maheude repart travailler au fond sous la contrainte et le vit comme un
véritable échec. Seuls ses enfants l’empêchent de mettre fin à ses jours.
 
L’affiche syndicale pour la réduction du temps de travail n’hésite pas à
s’appuyer sur l’image d’un couple bourgeois : la pièce est impeccablement
tenue par la maîtresse de maison.
 
La division sexuelle du travail, un consensus social
 
En 1898, la CGT, qui vient de se déclarer pour l’égalité des salaires,
précise à l’unanimité que seules sont "autorisées" à travailler, les
célibataires et les veuves.
 
Dans les années 1840, les femmes constituent, avec les enfants, jusqu’à 75 %
de la main d’oeuvre textile, plus encore dans certaines usines. Textile et
vêtement sont, en effet, leur domaine, en raison de leur organisation, et
aussi d’une symbolique très ancienne qui lie les femmes au linge. « A
l’homme, de bois et les métaux. A la femme, « la famille et les tissus »,
déclare un délégué au congrès des « délégations ouvrières » de 1867,
exprimant ainsi une vision dualiste de l’ordre industriel.
 
Roubaix, grande ville textile, par exemple offre une bonne illustration de
ce fait car plus de 53,3 % de la population textile est féminine. Ces
chiffres se vérifient dans toutes les zones textiles nordistes où la main
d’oeuvre féminine représente toujours plus de 50%.
 
Le métier textile dans ces tâches les plus basiques est souvent considéré
comme peu viril. Tous les âges étaient au travail : de la fillette de 9 ans
à la grand mère de 74 ans et elles oeuvraient surtout à domicile, du moins
jusqu’à ce que le processus de mécanisation et de concentration fût
inéluctable, pour la filature d’abord, puis, après 1840, pour le tissage,
plus longtemps resté domestique.
 
Les photographies illustrent ce fait même s’il faut bien considérer qu’il
s’agit d’une représentation stéréotypée du travail de la femme. Associer les
femmes à l’idée d’un travail bon marché, spécifique aux femmes provoqua une
division sexuelle du travail rassemblant les femmes dans certains emplois au
bas de l’échelle professionnelle.
 
A chaque fois, la mécanisation, en simplifiant les opérations, modifia les
tâches et les rôles au détriment des femmes, cantonnées aux gestes
répétitifs d’exécution. La science des machines demeurait l’affaire des
hommes, des mécaniciens, rois de la révolution industrielle.
 
Combats de femmes
Relativement marginales dans le travail industriel, les ouvrières l’étaient
également dans un mouvement ouvrier qui avait, jusque dans ses symboles,
construit son identité sur le mode de la virilité par l’exaltation de la
force physique, du corps mâle et de la performance, sportive ou
révolutionnaire : le militant considère les femmes d’abord comme des
ménagères (voir plus haut) dont on attend le soutien en cas de grève (acte
viril au contraire de la vieille émeute de subsistance d’antan, si féminine,
comme les femmes à Versailles en 1789).
 
La revendication syndicale des femmes
 
La jeunesse des ouvrières, la suspicion qu’elles rencontraient dans leurs
initiatives ne les incitaient guère à revendiquer. Leur part dans les grèves
ne correspond donc pas à leur poids dans l’emploi industriel (dans la
période 1870-1890, 3,7 % de grévistes pour environ 35 % d’ouvrières). Moins
étendues, souvent limitées à un établissement, plus brèves que les
coalitions masculines, les grèves de femme sont plus défensives, davantage
axées sur l’amélioration des conditions de travail (hygiène, durée,
discipline, relations humaines). Peu organisées, elles sont souvent très
expressives, avec des manifestations juvéniles, bruyantes et colorées, dont
la respectabilité syndicale redoutait l’impertinence.
 
Dans les Misérables, on peut observer la manière dont réagissent les
ouvrières au renvoi de leur camarade, à l’autorité (maternelle ? en tout cas
directive et musclée) de la femme responsable des ouvrières.
 
Peu soutenues, leurs grèves échouent fréquemment. Les familles pères ou
maris n’entendent pas se priver de ce salaire d’appoint et attachent peu
d’importance à l’amélioration des conditions de travail, puisqu’il s’agit de
toute manière, à leurs yeux, d’une situation temporaire. La participation
des femmes au syndicalisme se ressent de leur marginalisation mais à un
moindre degré (en 1911, elles constituent 10 % des effectifs syndicaux).
 
C’est que la loi de 1884 leur avait ouvert des possibilités nouvelles : même
mariées, elles pouvaient adhérer à un syndicat aussi librement qu’un homme,
amorce d’une citoyenneté sociale qui contrastait avec l’exclusion politique
comme avec les interdits corporatifs. Mais les pratiques syndicales
supposaient des disponibilités financières et temporelles : payer une
cotisation, aller à des réunions vespérales, parler en public…, toutes
choses finalement difficiles pour les femmes.
 
Les femmes aux prud’hommes, un exemple original
 
Les femmes pouvaient si nécessaire aller devant les prud’hommes. Dans le
Nord de la France, dans les villes textiles, nous avons quelques exemples
issus des travaux de l’historien et ancien archiviste de Tourcoing, Paul
Delsalle. Selon ce dernier il n’a pas été possible de déterminer avec
précision la proportion de femmes, de tisserandes ou de fileuses portant le
différend aux prud’hommes, en raison des lacunes dues au greffier :
l’absence de prénom, par exemple, rendait souvent la détermination
impossible ou douteuse. Les rares années pour lesquelles a pu être tenté
l’expérience donnent les résultats qui suivent : 1825 13,7%, 1827 8,3%, 1830
8,1%, 1834 18,3%. Chiffres relativement faibles, en vérité, si l’on
considère la proportion importante de femmes parmi les travailleurs du
textile, mais considérable quand même : il faut rappeler que la femme
devait, elle aussi, accomplir le voyage (parfois 30 ou 40 kms !) puis
affronter son maître (qui pouvait être une femme). Enfin il fallait se
défendre devant le conseil des Prud’hommes parfois méprisant pour une
représentante du « sexe faible ». Or, ces femmes se révélèrent
particulièrement « pugnaces ».
 
En tout cas, on rencontre très souvent la femme au cours des conciliations
devant les Prud’hommes, devant lesquels elle comparaît sur un pied d’égalité
avec l’homme : mêmes problèmes, mêmes relations professionnelles, mêmes
conflits du travail. Rien ne la distingue de son compagnon, si ce n’est
qu’elle se défend parfois mieux que lui, avec plus de ruse, de subtilité ou
d’opiniâtreté. Un tisserand peut venir par exemple représenter son épouse :
« L’ouvrier déclare qu’il fait le travail de son épouse ».
 
Lorsque la femme se défend elle-même, il est rare qu’elle cède aux exigences
de la partie opposée : une tisserande de Bondues expliquait que sa fille
étant malade, une pièce de toile ne pouvait être achevée. Aux récriminations
de la fabricante, la tisserande tenait tête : « La chaîne, disait-elle, ne
sera pas achevée chez elle par aucun de ses autres enfants ». Lors d’une
séance de conciliation, un tisserand qui ne pouvait pas rapporter le métier
Jacquart qu’on lui avait confié, avait proposé au fabricant de « récolter la
chaîne » ; i1 revint quelque temps plus tard en avouant que « sa femme s’est
opposée à cet accord ».
 
 
L’image de l’ouvrière d’usine n’était donc ni valorisée ni valorisante. On
lui opposait volontiers, avec un brin de nostalgie, celle de « la petite
ouvrière » de la couture, pour laquelle on multipliait les fêtes (fête des
filles à marier, la Sainte-Catherine devient, à la fin du XIXe siècle, celle
des ouvrières de la couture). En 1906, sur 100 femmes actives, 35,9 %
travaillent à domicile et 17,4 % comme domestiques (soit 53,3 % dans les
secteurs les plus traditionnels) ; 25 % sont ouvrières et 8% employées de
bureau. Pourtant, de nouvelles répartitions se sont esquissées, les
représentations ont évoluées. Beaucoup de femmes se sentent flouées et
harassées par l’industrie à domicile. Elles répugnent de plus en plus aux
servitudes de la domesticité. Au final, le travail à l’usine semble offrir
plus de liberté (mieux payé, davantage contrôlé que la travail à domicile),
un droit au travail, une hygiène. La protection des femmes(notamment celle
de la maternité)commence. En France, vers 1913 les femmes font donc « le
pari de l’industrie ». L’ouvrière devient la figure possible de la
modernité. Elle sera remplacée ensuite par celle de l’employée.
 

Commentaires

nul

Écrit par : jjj | 09/01/2015

nul

Écrit par : jjj | 09/01/2015

nul a chier

Écrit par : llll | 14/01/2015

Les commentaires sont fermés.

 
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