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25/02/2015

« Je n'existe pas ! » : quand on se croit mort

Comment conçoit-on le vide, le néant, l'inexistant et sa propre annihilation ? Le peut-on seulement ? Un roman d'Italo Calvino (1923-1985), écrivain et essayiste italien connu pour ses œuvres riches en paradoxes, permet d'aborder ces questions troublantes. Le Chevalier inexistant, publié en 1959, soulève en effet quelques pistes inattendues. Car si la fiction est précisément l'art de faire exister ce qui n'existe pas, Calvino va plus loin en imaginant dans ce récit un personnage non seulement fictif, mais inexistant au sein même du récit. Le chevalier en question, de son vrai nom « Agilulfe Edme Bertrandinet des Guildivernes et autres de Caprentras et Syra, chevalier de Sélimpie Citérieure et de Fez », n'est rien d'autre qu'« une blanche armure vide, sans guerrier dedans ». Sommé d'expliquer, par Charlemagne en personne, qui effectue une revue de ses troupes, pourquoi il ne montre pas son visage, il répond très sérieusement : « C'est que je n'existe pas, Sire. » Puis tout le récit tourne autour de ce non-personnage, soldat dévoué et zélé, mais dont il faut accepter tout à la fois le rôle central, la parole, les mouvements et… l'inexistence.

Et pourtant, on peut lui attribuer une personnalité. Celle-ci, aux dires de ses confrères soldats, est plutôt antipathique. Car son inexistence lui confère une certaine perfection morale et professionnelle largement inaccessible à quiconque est doté d'une présence réelle. Certes, il « n'a rien qui puisse donner un support à ses actions, réelles ou imaginaires », mais il émane de lui une « rage de perfection ». Agilulfe a beau n'être qu'une « armure pleine de vent », un « malheureux qui n'existait pas », un « blanc fantôme », il est obsédé par l'ordre et le rangement, la propreté, la logique et la raison. « J'observe en tout point le règlement », s'enorgueillit-il. Puisqu'il ne dort pas et n'a jamais de repos, il éprouve toujours « le besoin de s'appliquer à quelque travail de précision : dénombrer des objets, les ordonner suivant des figures régulières, résoudre des problèmes d'arithmétique ». Respectant à la lettre les règlements intriqués de la chevalerie, il est à tout moment impeccable, précis et rigoureux. Son armure est immaculée, même sur les champs de bataille. Cette rigidité, cette droiture morale et mentale semblent le contenir dans le monde réel, comme s'il allait se dissoudre tout à fait dans le néant à la moindre incartade ou inconséquence.

La perte totale de soi
Mais que signifie un personnage qui n'existe pas ? L'écriture de Calvino fonctionne souvent sur ce type de dispositifs étranges. Dans une préface, en 1962, il donnait pour ce roman une vision plutôt politique : « II est clair que nous vivons aujourd'hui dans un monde de non-excentriques, de personnes dont la plus simple individualité est niée, tant elles sont réduites à une somme abstraite de comportements...


Le romancier Italo Calvino a imaginé, voici un demi-siècle, un personnage ayant le don incroyable de ne pas exister. Des neuroscientifiques découvrent aujourd'hui des patients ayant la même conviction. L'explication apparaît lorsqu'on sonde leur...
CERVEAUETPSYCHO.FR|PAR POUR LA SCIENCE
 

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