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02/09/2015

On étouffe (de rire) dans l’open space

« Le travail sur les écrans et sur les planches » .

 

Il fallait y penser : faire de l’open space un objet théâtral. Mathilda May, comédienne multi-casquettes, l’a fait. Elle reprend sa pièce « Open Space » en tournée dans toute la France à partir du mois d'octobre, après un passage triomphal au Théâtre du Rond-Point et au Théâtre de Paris. Et dans l’atmosphère aseptisée des bureaux d’une entreprise, on n’est pas loin de la crise de nerfs.

 

Il y a l’introverti, celui que l’on ne voit même pas lorsque, au petit matin, il passe la porte du bureau. La dépressive, hypocondriaque sur les bords, qui passe ses journées à se « nourrir » de cachets en tout genre. L’opportuniste, qui brosse ses chefs dans le sens du poil et se pavane dans l’open space comme sur l’estrade d’un défilé de mode. Il y a aussi la belle gosse qui joue de son physique pour accéder au « pouvoir » et tourne, tel un vautour, autour de l’opportuniste. Tous ces personnages se retrouvent pris en étau dans l’infernal « Open Space », menés à la baguette, tels des marionnettes, par la mise en scène de Mathilda May.

Le muet et les codes du bureau

Elle, qui n’a jamais mis les pieds dans une entreprise, donne l’impression d’y avoir passé des années. Avec le parti pris radical du muet et l’utilisation d’onomatopées, Mathilda May parvient à capter, avec une grande subtilité, ce qui fait le leitmotiv de la vie de bureau : les réponses au téléphone qui mentionnent le nom de l’entreprise avec une voix atone ; le bruit de la machine à café vécu comme un crève-cœur lorsqu’elle se situe à un mètre du bureau du collègue ; la pause clope qui exclut, de fait, les non-fumeurs ; ou le boss qui passe dans les allées de l’open space quand bon lui semble, faisant frémir l’opportuniste et la belle gosse à son passage. Chacun peut se reconnaitre dans ces situations, comme piquées sur le vif, où le burlesque émane d’un rien, favorisé par des dialogues de sourds, visiblement appréciés du public.

Sujets grave, avec humour

Mathilda May réussit, aussi, le pari de traiter du suicide, de la dépression, de la manipulation au travail avec une grande finesse, puisqu’elle parvient même à nous en faire rire. Des sujets souvent abordés au cinéma lorsque les réalisateurs décident de s’aventurer dans le monde de l’entreprise, mais toujours sous le prisme du drame, comme « Violence des échanges en milieu tempéré » de Jean-Marc Moutout qui traitait de la manipulation au travail ou, plus récemment « Deux jours, une nuit » des frères Dardenne, qui abordait la dépression. Ici, point de larmes, mais du rire, même lorsque l’un des collègues saute par la fenêtre. C’est bien la force de cette pièce pied de nez, en ces temps de crise sans fin : aborder toutes les facettes du monde de l’entreprise, sans tabou, en n’oubliant pas que, même enfoncé dans une chaise de bureau, on reste une personne, pleine d’humanité.


Les Échos Business

05:12 Écrit par loiseaupense dans AUJOURD'HUI | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : les Échos business |  Facebook

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