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11/09/2015

A la Bâtie, des actrices porno se racontent

Dans «Nous sommes tous des pornstars», Jérôme Richer documente la réalité de ce métier. On apprend beaucoup sur la discipline, mais le jeu des comédiennes et un certain moralisme orienté alourdissent le projet

Jérôme Richer est un homme révolté. Qui souhaite mobiliser ses contemporains sur les dysfonctionnements de la société. Depuis une douzaine d’années, des squats aux Roms en passant par la surconsommation, l’auteur et metteur en scène travaille sur ce qui le questionne. Dernière interrogation en date? Le porno, que tout le monde regarde, mais dont personne ne parle.

Dans «Nous sommes tous des pornstars», à l’affiche de la Bâtie jusqu’à samedi, Jérôme Richer imagine trois actrices de la discipline qui racontent la réalité de leur métier. Les débuts, les conditions salariales, les exigences physiques, l’image sociale, etc. Un vaste panorama élaboré sur la base de témoignages recueillis sur le net et d’une documentation scientifique. Dans la foulée, Jérôme Richer souhaite aussi évoquer une pornographie plus générale, «la frontière de plus en plus ténue entre les domaines privé et public de nos vies». (LT du 3.9.2015). Pour quel résultat? Un spectacle à la fois passionnant et irritant. On apprend beaucoup de choses sur la discipline, mais le jeu des comédiennes et un certain moralisme orienté posent de vrais problèmes de positionnement. Pas facile d’être une pornstar.

Le gonzo est la norme

Le gonzo. Ce sont, dans le porno, ces vidéos souvent tournées en caméra subjectives qui filment des scènes de sexe, sans scénario. Dans la vie d’une actrice porno, le gonzo est la norme. Ces productions ne coûtent pas cher et rapportent gros. Plus rarement, les actrices jouent dans de vrais films, souvent des comédies, qui font l’effort de la fiction autour des éternelles séquences de sodomie, de double pénétration et de fellation. Pourquoi et comment devient-on actrice porno? En quoi consiste une journée de travail? Quels sont les pays les plus confortables, les plus violents en matière de tournages? Comment réagissent les amis, le mari, les enfants? Combien rapporte cette activité? Ou encore, comment quitte-t-on ce métier? A toutes ces questions, Jérôme Richer apporte des réponses détaillées et rien que pour sa valeur documentaire, sa dernière création remplit une mission.

L’ennui, c’est le jeu dicté aux comédiennes. Des actrices, Fanny Brunet, Martine Corbat et Kathy Hernan, qui ont du talent et du métier, mais à qui le metteur en scène demande ici d’adopter une attitude provoc et frontale très caricaturales, un peu tata flingueuse, qui tourne très vite à vide. Le pari est difficile. Pas aisé d’incarner sans singer. Et, tout de même, la scène d’orgasmes à trois voix est jubilatoire, comme le sont les séquences physiques où les comédiennes se livrent à une gymnastique pornographique joliment musclée. Mais les moments d’interviews, où les trois belles racontent leurs ébats rémunérés, sont moins convaincants. On se prend à rêver à la présence sur scène de vraies professionnelles du sexe filmé…

Un problématique moralisme, même affiché et assumé

Un autre problème alourdit cette production. Le moralisme, affiché et assumé, de Jérôme Richer. Un moralisme étrange qui accable la société dans sa généralité et absout totalement ou presque la pornographie en tant que métier. La sodomie, par exemple. Dans un texte défilant en fond de scène, Jérôme Richer voit dans l’augmentation de cette pratique dans l’intimité, une revanche du mâle contemporain de plus en plus fragilisé par la société de marché. A l’inverse, lorsque le sujet est abordé par les professionnelles, le ton est à la description crâne et décomplexée. Seul le récit d’une vidéo trash donne de la sodomie pornographique une vision plus écornée.

Sinon, sans doute par peur de stigmatiser un métier déjà mal connoté, Jérôme Richer apparaît en ami de la pornographie et reporte ses reproches sur la société qui se compromettrait dans une pornographie déguisée. C’est un peu bancal. Et on se demande pourquoi l’auteur se fait ainsi le porte-parole d’une profession qui, sans être totalement dérégulée, n’est tout de même pas, et de loin, le temple de l’épanouissement et de la correction.

«Nous sommes tous des pornstars», jusqu’au 12 sept., au Théâtre du Grütli, La Bâtie-Festival de Genève, 022 738 19 19, www.batie.ch

 
 
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