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11/09/2015

Drogue au travail : "Ce qui a évolué, c'est la polyconsommation"

 

En plus de l'alcool, d'autres substances psychoactives ont aujourd'hui les faveurs des salariés victimes d'addictions. Au risque de mettre en danger l'entreprise. Interview.

"Avant on buvait, aujourd'hui on consomme de l'alcool plus du cannabis" (VOISIN/Phanie/AFP)"Avant on buvait, aujourd'hui on consomme de l'alcool plus du cannabis" (VOISIN/Phanie/AFP)
 

 

François Nicaise est addictologue d'entreprise depuis quinze ans au sein du cabinet Restim. Entretien.

L'Obs. Toutes les entreprises sont-elles confrontées à des problèmes d'addiction ?

François Nicaise. Oui. Je travaille pour des compagnies maritimes, de grands groupes pétroliers, des compagnies d'assurance, des entreprises du bâtiment… Ce qui diffère, c'est le risque que le comportement du salarié fait courir à la société, en fonction de l'activité de celle-ci.

La consommation de drogue au travail a-t-elle augmenté ?

- Ce qui a évolué, c'est la polyconsommation de produits. Avant, on buvait, aujourd'hui on consomme de l'alcool plus du cannabis, de l'alcool plus de la cocaïne.

Le sujet est-il encore tabou ?

- Comme pour l'alcool ! Ça a beaucoup évolué, mais la difficulté, c'est que les drogues ne font pas partie de notre culture. L'entreprise ne se pose pas la question de savoir pourquoi un employé sous cocaïne est hyperactif, pourquoi il a des colères à répétition. Ou pourquoi un salarié sous cannabisse montre au contraire "amotivationnel".

Quelle attitude doit avoir l'employeur ?

- Depuis 2008, un texte juridique dit que l'entreprise est responsable de la santé mentale et physique de ses employés. Le manager a toute légitimité à s'intéresser à quelqu'un qui ne va pas bien. Et si cette personne met en danger l'entreprise, il a le devoir de réagir, notamment en l'orientant vers le médecin de santé au travail. Un entrepreneur doit aussi prendre en compte le risque pénal. J'ai travaillé avec un DRH qui m'avait appelé en catastrophe après une descente des douanes : un employé devenu dealer écoulait sa marchandise au sein de l'entreprise.

Propos recueillis par Corinne Bouchouchi

   
 
 
L'Obs
Drogue au travail : "Ce qui a évolué, c'est la polyconsommation"
En plus de l'alcool, d'autres substances psychoactives ont aujourd'hui les faveurs des salariés victimes d'addictions. Au risque de mettre en danger ...
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19/08/2015

Les ressorts de l’addiction au sucre ...

Les ressorts de l’addiction au sucre et pourquoi ce n’est vraiment pas anodin


 

Une récente étude publiée par la revue américaine Physiology & Behavior menée sur des rats montre que la consommation de sucre provoque un comportement impulsif qui se poursuit, et même s'intensifie, après que l'on ait arrêté d'en manger. Comment l'explique-t-on ? 

 

A-t-on affaire à un phénomène de manque semblable à celui créé par les drogues ?

 

Réginald Allouche : Il faut souligner que les rats et les hommes sont très proches en termes de comportements addictifs mais dans des délais plus longs chez l'homme que chez le rat. Les addictions vont venir plus lentement chez l'homme.

Anatomiquement, nous avons des capteurs réservés au goût sucré sur le bout de la langue reliés au "centre de récompense".

 

 

 

Ce "reward system" est très important car il est dans la zone dite "hédonique" ou "du plaisir" du cerveau située entre le cortex et le cerveau reptilien, dit aussi cerveau primitif, archaïque et primaire, c’est-à-dire le  tronc cérébral. Le goût sucré agit sur le nerf glossopharyngien qui stimule le "centre de récompense" qui va sécréter de la sérotonine et tout va bien. Le problème, c'est quand vous êtes habitué à consommer beaucoup de sucre et que vous arrêtez.  

Lorsque vous faites un sevrage, vous allez chercher le manque dans les autres repas. Le sucre que vous vous empêchez de manger vous allez par exemple aller le chercher dans les repas suivants ou dans les féculents, qui ont un goût sucré. A ce moment-là, vous avez tous les signes du manque.

 

Catherine Grangeard : Effectivement on compare l’action du sucre à celle de "drogues dures", toute la gamme est présente : accoutumance, recherche de plaisir et augmentation des doses. Le sucre nourrit le cerveau et il a un effet bénéfique… jusqu’à un certain point.

Dès l’enfance, les petits français savent que "bonbon" ne rime pas avec "mauvais-mauvais". Il est récompense ou réconfort. Ces significations lui seront définitivement associées. Ce qui a pour effet d’accorder une confiance absolue dans ses qualités. Psychologiquement les campagnes de prévention de l’obésité ont bien du mal à détruire ce capital, expérimenté très tôt.

Bien sûr que le sucre a des effets, sinon il ne serait pas devenu si prisé. La consommation de sucre a explosé depuis un siècle. La nourriture industrielle en abuse et fait croître la dépendance. Plus on en consomme, plus on en veut… Des additifs sucrés sont présents dans de nombreux plats, les sauces... Ces ajouts habituent le palais et créent une dépendance à l’insu même des consommateurs.

Ceci s’ajoutant à cela, les effets sont à la hauteur des doses consommées. Les réactions sont différentes selon les individus, certains sont plus addicts que d’autres, à consommation égale.

Est-ce que l'arrêt de la consommation de sucre peut avoir des conséquences sur l'efficacité du cerveau ?

Réginald Allouche : Si vous mangez des protéines et des lipides, cela ne change rien du tout. L'organisme fabrique du sucre à partir des graisses et des protéines, c'est ce que l'on appelle la néoglucogenèse. Dans les temps anciens, vous n'aviez pas de céréales mais seulement des fruits d'été. Il n'y avait pas de sucre. Génétiquement, le corps fabrique des sucres à partir de choses qui n'en sont pas. Quand vous lui apportez des sucres directement, c'est comme si vous court-circuitiez sa capacité à fabriquer des sucres. Si vous avez par exemple une usine qui fabrique des boulons et que demain vous décidez de les importer de Chine, alors cette usine s'arrêtera automatiquement de produire.

Cette étude souligne également que les rats sont devenus plus agressifs après leur sevrage au sucre. Est-ce également le cas pour les humains ?

Catherine Grangeard : Le manque fait ressentir ses effets et c’est une souffrance. Physiquement, palpitations, sueurs, une hypoglycémie ressemble à une crise d’angoisse. Si le recours excessif au sucre avait pour raison de combattre un malaise, si les petites douceurs avaient l’objectif de faire passer quelques douleurs, comme dans tout arrêt de "came", il y a crises de manque. Le cortège de désagréments physiques rencontre l’éventuelle douleur morale et les bonnes résolutions ne tiennent plus, l’anxiété rime alors avec agressivité. Puisque c’est agressif de stopper ce qui venait calmer le jeu…

Une certaine logique explique la confusion des messages. Ce n’est pas spécifique au produit, mais au processus.

Si le sucre n’avait aucun effet psychique, il n’aurait pas été élu pour combler ce qui était à combler. C’est bien cela qu’il faut comprendre. Sinon, les messages de santé actuels fonctionneraient parfaitement et il n’y aurait aucune consommation excessive de quoi que ce soit. On ne se shoote pas à la carotte !

 

 

Notre cerveau assimile-t-il le sucre à une récompense, ce qui rendrait son abandon si difficile ?

 

Catherine Grangeard : Absolument, l’interprétation d’un stimuli oriente sa signification. Nous avons vu plus haut le "bonbon" dès l’enfance, il faut ajouter la composition des repas, où les pâtisseries sont l’apothéose… Ainsi le sucré est signe de la douceur. Il en devient un synonyme.

L’envie de réitérer des expériences positives conduit à la répétition, à la compulsion lorsque tout s’accélère. Ce n’est pas recherché, c’est une résultante.

La confusion des messages s’introduit lorsque le sucré envahit totalement les habitudes alimentaires.

 

 

 

Les boissons en sont l’exemple le plus significatif. Boire de l’eau au repas permet d’apprécier les saveurs et de se désaltérer. Dans certaines familles, cela n’existe plus. Même dans des coins les plus reculés de la planète, on trouve plus facilement certains sodas que de l’eau potable… La sécurité est alors associée au sucre !

 

Le lien entre ce qui est indispensable à la vie se trouve modifié. L’eau qui hydrate le corps, est vitale, se trouve rembarrée au stade de boisson fade et moins agréable qu’un produit industriel !

Comment être moins accro au sucre alors qu'il est aujourd'hui omniprésent dans l'alimentation ?

Catherine Grangeard : On se croirait dans une impasse ! Un mouvement vantant le naturel, le sain tente bien d’être audible, peut-il reprendre du poil de la bête ?  Sachant que les messages sont moins puissants que le ressenti physique, la sensation associée aux habitudes. C’est là où ça devient compliqué. La rareté permet de concevoir ce qui est naturel et l’oppose à ce qui est exceptionnel, n’est- ce pas ? Or, lorsque ça s’inverse, lorsque les nourritures industrielles ont remplacé les produits bruts, c’est l’inverse qui constitue le quotidien… On en arrive à un monde à l’envers. Mais le corps réagit. L’obésité qui se développe en atteste. Les populations les plus riches, financièrement et culturellement, sont aussi celles qui mangent le plus sainement. Elles ont peut-être moins besoin de ce sucre dont ne peuvent se passer d’autres… Leurs sources de satisfaction peuvent donc déloger ces produits qui sont "l’opium du peuple". Ce qui est rare est cher… entendre, chéri, désiré, … Le désirable n’est plus ce qui est partout. Ça change tout !

Un autre mouvement en découle, la recherche des aliments de qualité. Nostalgie… La tomate est un exemple tout à fait actuel. Depuis peu, on entend que le goût des tomates, n’est plus du tout celui qui est attendu. Où sont les "vraies" tomates ? Sur les marchés. En été. … De même, il est probable qu’après une orgie de sucre, une indigestion survienne. L’écoeurement est peut-être le meilleur allié. Alors, la personne a envie que ça cesse. Elle n’obéit qu’à son seul besoin d’équilibre… elle en a soupé. A ce stade, conclurons sur les vertus de la crise de foie !


 

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16/07/2015

Alcool : la fragilité des hommes de 48 ans

 

Les hommes sont trois fois plus touchés par le mésusage de l’alcool que les femmes. Il s’agit souvent de personnalités particulières à la recherche de sensations fortes, et qui ressentent le besoin de combler l’ennui.L’alcool fait partie des artifices du lien social. Bien tenir l’alcool en société est un rituel accepté, et même un signe de virilité. Boire est souvent synonyme de convivialité et est moins tabou chez les hommes que chez les femmes. Par ailleurs, les hommes supportent mieux l’alcool que les femmes. Chez eux, les complications mettent plus de temps à s’installer et à se manifester. Les grands buveurs sont, en général, plus défavorisés que les femmes qui boivent, sur le plan social. L’alcool au masculin est souvent associé au chômage, à la précarité, au fait d’habiter chez ses parents à un âge avancé…

Les hommes consultent rarement de manière spontanée pour parler d’alcool. Lorsqu’ils le font, c’est à la suite de complications médicales ou professionnelles, ou après un épisode d’ivresse pathologique.

Des conséquences humaines et financières

Mais ce qui me heurte à chaque fois, c’est le manque de prise en charge et d’orientation adaptées. On laisse ces personnes «cuver leur vin» aux urgences. L’idéal serait que les addicts quels qu’ils soient, qui sont en situation de crise et qui demandent de l’aide, puissent être orientés en moins de 72 heures.

La dernière étude de l'Institut national de veille sanitaire (voir notre article) montre bien que ne pas se préoccuper de la question de l'alcool en France n'a pour conséquences que des complications et des coût accrus en terme humain et financier.

Déjà en 2010, les résultats se rapprochaient de ceux publiés récemment. Ils détaillaient les profils des patients, les hospitalisations et les complications chroniques, somatiques ou psychiques, ce qui implique forcément un coût. Cette dernière étude s'intéresse en particulier aux coûts qui, souhaitons-le, sera peut-être l'occasion de mobiliser les autorités sanitaires autour du problème des addictions en général et de la maladie alcoolique en particulier. Si les hommes et leurs maladies ont si peu d'importance, peut-être l'argent dépensé pour eux en a-t-il plus ?

Un comportement banalisé

Les résultats d'une enquête de l’OFDT (Office français de lutte contre les drogues et les toxicomanies) en 2010 sur les personnes reçues à l'hôpital, annonçait à peu près les même chiffres : Il s’agit d’un homme de 47 ans qui présente dans 47 % des cas une maladie chronique. 25 % des hospitalisés n’ont jamais été suivis pour leurs addictions. Un patient sur deux souffre d¹un trouble psychiatrique associé. Les rapports se suivent et se ressemblent. En moins de deux mois, deux rapports alarmants, nous mettent sous le nez des populations fragiles et victimes des dégâts de l'alcool. Cela n’empêche pas certains responsables politiques d’appeler à assouplir la loi Evin pour une promotion plus libre pour le vin. J'ai d’ailleurs constaté, à l’occasion de récents débats avec des responsables non issus du corps médical, que souvent le vin n’est pas considéré comme dangereux, alors que les alcools forts le sont. Ce qui les poussent à banaliser à la fois les comportements de régularité de consommation, mais aussi d’abus (c’est juste pour faire la fête de temps en temps) et ainsi de ne pas s’opposer à une législation plus souple. Il faut bien comprendre que cette maladie a non seulement un coût direct important mais aussi un coût indirect : famille, perte d’emploi, comportement des enfants… Nous sommes tous touchés de près ou de loin par la maladie alcoolique en France.

 

J'ai envie de dire que nous disposons d¹une somme de chiffres très alarmants et cela depuis des années. Arrêtons de mener des études si elles ne provoquent pas une politique sanitaire plus rigoureuse autour des addictions, si nous en restons à si peu de pédagogie, si les patients sont si peu pris en compte aux urgences et si mal orientés. 

 

Alcool : la fragilité des hommes de 48 ans

25 % des hospitalisés n'ont jamais été suivis pour leurs addictions. Un patient sur deux souffre d¹un trouble psychiatrique associé. Les rapports se ...

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